Clause compromissoire et compétence du juge étatique : le Tribunal arbitral seul compétent pour statuer, même en cas de prolongation tacite du contrat
CCJA, 2ᵉ Ch., n°002/2022, 20 janvier 2022
Affaire : Brasserie BB Lomé SA c. CTC-ADDRA
Contexte juridique
- 1er juillet 2011 : contrat de distribution entre BB Lomé (fournisseur) et CTC-ADDRA (distributeur) avec clause compromissoire (art. 18) renvoyant à l’arbitrage sous l’égide de la CATO (Chambre de Commerce, d’Agriculture et d’Industrie du Togo).
- Contrat renouvelé plusieurs fois jusqu’au 31 décembre 2016.
- Après cette date, poursuite des relations sans avenant écrit.
- 10 novembre 2017 : BB Lomé suspend les relations, invoquant une affaire douanière impliquant CTC-ADDRA.
- CTC-ADDRA assigne BB Lomé pour rupture abusive et obtient gain de cause devant le TPI puis devant la Cour d’appel de Lomé, qui condamne BB Lomé à 850 millions FCFA.
- BB Lomé forme un pourvoi en cassation devant la CCJA, soulevant l’application de la clause compromissoire.
Analyse de la CCJA
- Compétence de la CCJA
- La présence d’une clause compromissoire dans un contrat entre parties situées dans un État membre OHADA soulève l’application de l’Acte uniforme sur l’arbitrage.
- Peu importe les “scénarios” développés par BB Lomé, la question touche à l’application des articles 4, 11 et 13 AUA → CCJA compétente.
- Recevabilité du mémoire en réplique
- Contestation pour dépôt tardif par CTC-ADDRA rejetée : le mémoire avait été transmis dans les délais compte tenu des mesures exceptionnelles COVID-19 (décision CCJA n°084/2020).
- Contradiction de motifs de la Cour d’appel
- La Cour d’appel avait jugé inapplicable la clause compromissoire (contrat non renouvelé par écrit) mais appliqué une autre clause du même contrat (exclusivité) pour accorder des dommages-intérêts.
- Cette contradiction équivaut à une absence de motifs → Cassation.
- Portée de la clause compromissoire en cas de prolongation tacite
- Article 4 AUA : la clause d’arbitrage est indépendante du contrat principal.
- Article 11 AUA : le Tribunal arbitral est seul compétent pour statuer sur sa compétence et sur l’existence/validité de la clause.
- Article 13 AUA : le juge étatique doit se déclarer incompétent si la clause n’est pas manifestement nulle ou inapplicable.
- La prolongation tacite du contrat ne retire pas compétence à l’arbitre pour apprécier la portée de la clause compromissoire.
Ce qu’il faut retenir
- La clause compromissoire survit à l’expiration formelle d’un contrat et peut s’appliquer aux relations poursuivies tacitement
- En présence d’une clause compromissoire, le juge étatique doit se déclarer incompétent, sauf nullité manifeste de la clause
- Une juridiction qui rend des décisions contradictoires dans leurs motifs s’expose à la cassation.


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